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Contra la guerra (francés)

Foro Social Mundial

Marc-André Séguin

CARACAS – Le groupe d’américains anti-guerre « Women Say No to War » a provoqué un tollé médiatique mercredi lors d’une conférence de presse en compagnie de sa célèbre porte-parole, Cindy Sheehan, où une centaine de journalistes des Amériques se sont entassés pour témoigner de l’évènement.

L’été dernier, cette mère d’un soldat mort en Irak le 4 avril 2004 a acquis une renommée internationale en campant devant le ranch du président américain George W. Bush, refusant alors de quitter avant que ce dernier accepte de lui dire, en personne, la cause pour laquelle son fils est mort. Son geste ayant reçu une énorme couverture médiatique, plusieurs s’étaient alors joint à elle à Crawford au Texas, en guise d’appui à ses efforts. Depuis, on dit qu’elle est celle qui a redonné de la vigueur au mouvement pacifiste américain.

Mme Sheehan a profité de la mobilisation du Forum social mondial (FSM) pour faire la promotion de sa campagne pacifiste www.codepinkalert.com, en référence aux divers codes de couleur utilisés par le gouvernement américain pour avertir la population du danger potentiel d’attentats terroristes en sol états-unien. « Hier [lundi 23 janv.-06], cinq soldats américains sont morts en Irak, mais combien d’Irakiens sont morts ? Combien d’enfants dans le monde sont morts à cause de nos politiques égoïstes ? », a-t-elle lancé. Elle était accompagnée d’autres collègues de son organisme, notamment Fernando Suarez – autre parent d’un soldat américain mort en Irak – et Pablo Paredes, le premier soldat américain à refuser d’aller en Irak sous le prétexte d’une objection morale.

Les pacifistes ont lancé des paroles dures à l’égard de la Maison-Blanche. « George W. Bush maintient sa rhétorique maléfique en affirmant qu’il fait la guerre au terrorisme. En réalité, il soutient une guerre de terrorisme partout sur la planète ». Mme Sheehan a poursuivi, soutenant que « Bush dit qu’il combat le terrorisme outre-mer afin de ne pas devoir le combattre sur son propre territoire. Quelle ignorance. En quoi est-ce que les bébés des autres [peuples] sont moins précieux que les nôtres ? […] Je souhaite honorer la mort de mon fils en faisant une campagne pour la paix et l’amour plutôt que pour la mort et la violence ».

Elle ne s’en est toutefois pas tenue à la guerre au terrorisme et à la situation irakienne, profitant aussi de la tribune pour critiquer le système américain en général. « Les Etats-Unis n’ont pas inventé l’impérialisme, ils l’ont seulement perfectionné. […] Nous devons changer l’économie militariste de notre gouvernement en une économie de paix. » Elle a aussi affirmé l’importance que son groupe donnait aux luttes sociales, des Etats-Unis comme d’ailleurs. « Se battre pour la justice et se battre pour la paix, c’est la même chose. »

En réponse à une question d’un journaliste lui demandant si elle préférait Condoleeza Rice ou Hillary Clinton comme future présidente potentielle de son pays dans les années à venir (considérant que son organisme est principalement composé de femmes), elle s’est montré cinglante. « Ces soi-disant femmes n’ont aucun instinct maternel et aucune compassion pour quiconque nous tuons par nos politiques. Nous ne pouvons pas leur faire confiance. […] Condoleeza Rice est notre principale diplomate. Mais sa seule solution est de bombarder quiconque n’est pas d’accord avec nous. Quant à Hillary Clinton, c’est une démocrate pour qui la seule solution à la guerre en Irak est d’envoyer plus de soldats. »

Le FSM vu par Cindy Sheehan

En entrevue avec Le Délit, Mme Sheehan a avoué en être à sa première visite au Forum social mondial. Elle a affirmé son enthousiasme d’être sur place. « C’est incroyable. Cette expérience est très significative pour moi. » Elle a aussi soutenu qu’en venant à Caracas, elle et son organisme espèrent renverser l’image traditionnelle des américains, qu’on dénonce sur plusieurs tribunes. « Nous voulons montrer au monde que la plupart des personnes au Etats-Unis sont contre George Bush et ses politiques. Et nous souhaitons aussi rallier tous les gens sur la planète, parce que nous aurons besoin de tout le monde pour renverser l’impérialisme de notre gouvernement. » La militante a de plus affirmé son appui au Président Chavez dans ses politiques nationales, fortement contestées par l’administration américaine. « Je l’admire pour sa résistance envers les Etats-Unis. » Elle n’a d’ailleurs pas écarté la possibilité d’une rencontre avec le Président vénézuelien au cours de la semaine.

Selon elle, le travail de son organisme et d’autres campagnes similaires aurait d’ailleurs commencé à donner des résultats au Etats-Unis. « La perception de la guerre a vraiment changé au cours de la dernière moitié de l’année. Les gens demandent pour mettre fin à la guerre, et cette demande a aussi trouvé une voie dans notre Congrès ». Cependant, lorsque Le Délit lui a demandé si elle croyait que l’administration Bush allait un jour céder à ses revendications, elle a affirmé qu’elle n’y croyait pas.

Elle s’est aussi défendue des accusations que la droite américaine lui lance, notamment d’être une femme de la gauche radicale. « Je ne suis pas gauchiste, je ne suis pas radicale. Ce que je suis, c'est une personne qui souhaite que les bains de sang s’arrêtent. Et j’ai fait appel tant aux démocrates qu’aux républicains pour demander la fin de la guerre. [Comme il a déjà été dit,] les démocrates sont aussi une partie du problème. »

Quant aux derniers résultats des élections canadiennes, elle redoute que le choix des canadiens soit de bonne augure pour son mouvement. « Je crois que c'est un pas dans la mauvaise direction », conclut-elle